MENACE DU THON ROUGE

Le thon rouge, poisson courant dans les eaux marocaines, méditerranéenes et atlantiques, est menacé d’extinction en raison de la surpêche industrielle. Constat d’une disparition annoncée. Cette année, dépités par le cuisant échec Copenhague, les défenseurs de la nature, de Greenpeace au World Wild Fund (WWF) en passant par des ONG de moindre importance, sont déterminés à taper davantage du poing pour ne pas perdre cet autre combat phare. En l’occurrence l’interdiction pure et simple de la pêche de ce véloce poisson prédateur et migrateur, dont pullulent notamment les côtes marocaines. Une première bataille devrait être bientôt remportée par le lobby vert, avec l’inscription, en mars 2010 à Doha, du thon rouge par la Commission européenne à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d'extinction (Cites) en vue de l’interdiction du commerce international de cette espèce. A l’heure qu’il est, seule est attendue la décision de l’Hexagone à ce sujet. Pays où la nouvelle présidente de WWF France, la médiatique navigatrice Isabelle Autissier, a demandé à Nicolas Sarkozy en personne d’interdire le commerce d’un poisson, dont la survie «est menacée par le déploiement ces dernières décennies d'une pêche intensive basée sur le profit à court terme, répondant à une demande forte du marché japonais». Le thunnus thynnus, de son nom scientifique, très prisé pour sa chair rose et tendre, particulièrement riche en protéines, en vitamines et en minéraux, mais pauvre en cholestérol, est en effet un des plats favoris des Japonais, qui le mangent cru sous forme de sushi ou de sashimi. Les Nippons, plus grand consommateurs mondiaux de ce poisson, importent à eux seuls 80% du thon rouge pêché en Méditerranée, dans l’Atlantique et le Pacifique. Tokyo, où un spécimen géant de 233 kilos pêché au large de l’île de Honshu vient d’être vendu aux enchères pour 123.000 euros, appréhendant un moratoire pur et simple sur ladite pêche, a promis qu’il respecterait les quotas fixés à la mi-novembre 2009 à Porto de Galinhas au Brésil par la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique (CICTA) pour 2010. En l’occurrence 13.500 tonnes, soit un tiers de moins qu'en 2009 (22.000 tonnes et 28.500 en 2008).
Les appels à ces réductions drastiques seront-ils finalement entendus ?
Et comment les gouvernements des pays concernés réussiront-ils à composer avec les syndicats des pêcheurs et les lobbys des industries halieutiques ?
Le Maroc, qui a abrité la 16e réunion extraordinaire de la CICTA en novembre 2008 à Marrakech, est en tout cas directement concerné. Membre de la CICTA, il lui a ainsi été attribué pour cette année le second quota après l’Union européenne, soit 2200 tonnes, contre 2400 en 2009. Et pour cause. Avec ses 3500 kilomètres de côtes (dont 2900 sur l’Atlantique), le pays regorge de ressources halieutiques, que viennent exploiter, parfois sans vergogne et en toute illégalité, certaines flottes des Etats voisins. A l’aide notamment de techniques de capture de plus en plus sophistiquées, jugées «génocidaires et cruelles» par les associations écologistes, comme les filets dérivants (prohibés par l’UE depuis 2002) ou encore les madragues. Une situation vivement dénoncée par le WWF, qui n’a pas hésité à pointer du doigt l’autorisation de 2 années supplémentaires accordée au Maroc pour utiliser les filets dérivants dans la pêche à l’espadon entre autres, responsables de la mort de plus de 4000 dauphins et de 25.000 requins en Méditerranée chaque année. Quoi qu’il en soit, le quota fixé par cette organisation de pêche intergouvernementale responsable de la conservation des thonidés et des espèces apparentées de l’océan Atlantique et de ses mers adjacentes a été estimé trop élevé par le WWF. Celui-ci a en effet rendu publique récemment une étude exclusive montrant que la population de thon rouge disparaîtra totalement d'ici 2012 en Méditerranée (comme c’est déjà le cas dans l’Ouest de l’Atlantique) en raison de la surpêche, si les décideurs continuent d’ignorer les avertissements de la communauté scientifique. Ainsi, la population en âge de se reproduire (âgée de 4 ans et plus et pesant plus de 35 kg) est décimée, la taille moyenne des thons matures a diminué de plus de moitié depuis les années 1990, et les thons géants (jusqu’à 3 m de longueur et 900 kilos), aptes à donner beaucoup plus de descendants que des individus de taille moyenne, ont quasiment disparu. Tout cela du fait d’une pêche industrielle intensive, sous-déclarant souvent ses captures, pêchant durant la saison de fermeture ou s’adonnant à la pêche pirate et au recours illégal aux avions de repérage. Bien loin des techniques «douces» et modérées d’une pêche artisanale millénaire. Une situation qui fait que sur les 3,5 millions de tonnes de thonidés capturés tous les ans dans les mers et océans du monde, plus de 60.000 tonnes appartiennent à l’espèce du thon rouge. Alors que la reconstitution du stock ne peut se faire au-delà d’une capture totale de 8000 tonnes. Et même. Une telle mesure, appliquée de manière rigoureuse, n’aurait que 50% de probabilité de renouveler le stock de thon rouge d’ici 2023. D’où le cri d’alarme des écologistes pour la suspension totale de la pêche : «Les éléments scientifiques sont là, les solutions en matière de gouvernance existent, mais les décisions et le courage politique sont absents. C’est maintenant qu’il faut agir si l’on ne veut pas que le thon rouge disparaisse et que cette pêche pratiquée en Méditerranée depuis 7000 ans appartienne à l’histoire ancienne», conclut Greenpeace à ce propos. Faute de quoi, dans quelques années, le «foie gras de la Méditerranée et de l’Atlantique» ne sera plus qu’un souvenir pour les papilles des fins gourmets, qui devront alors se consoler avec du thon d’élevage croate ou australien, grossièrement engraissé. Et le Maroc du Plan Bleu, dont le ministre de la Pêche, Aziz Akhennouch, ne cesse d’appeler à «la préservation des équilibres fondamentaux des écosystèmes marins et à une plus grande rationalité dans leur gestion» et à davantage de fermeté «en matière de respect des mesures de conservation de ces espèces migrantes de thonidés et de lutte contre toutes les formes de pêche illicite», se retrouvera avec des milliers de chômeurs supplémentaires à gérer, dans un secteur vital employant près de 660.000 Marocains, représentant près de 2,5 % du Produit national brut et générant un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 1,5 milliard de dollars.
                                             COPIE.... : "L'observateur" du Maroc               (EL MOSTAFA)
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